« Sustainable Water Use and Management : Leadership for Positive Change « 

Une personne ne peut vivre sans eau. En effet, privée d’eau potable durant cinq jours, elle meure irrémédiablement. Pourtant, des millions de personnes de par le monde ne peuvent satisfaire ce besoin primaire. Souvent il est question d’un manque de ressources halieutiques pour expliquer cette situation. Or, il ne s’agirait pas de la raison essentielle : c’est davantage au niveau du management des ressources en eau que se poserait le problème. De plus, ce ne sont pas seulement les pays les plus pauvres qui éprouvent des difficultés avec la gestion de leur eau, les pays les plus riches en connaissent également. Pendant des décennies, ces derniers ont estimé que le progrès technique et industriel prévalait sur la sauvegarde de l’environnement.

C’est dans ce cadre que le Geneva Institute for Water, Environment and Health (GIWEH) a organisé le GIWEH’s Water Series symposiums le 26 mars 2009. Le but affiché étant de pointer les problèmes de la gestion de l’eau dans le monde, que ce soit autant dans les pays du Sud que ceux du Nord. Le 25 mars, veille de l’évènement, des intervenants spécialistes de la question ont participé à une conférence de presse. Cette dernière a permis d’éclaircir les raisons de l’organisation de cette série de discussions.

Selon le président du GIWEH, M. Nidal Salim, c’est moins au niveau des quantités d’eau disponible que le problème se pose qu’à celui plus technique de l’utilisation qui en est faîte, de son management. Selon monsieur Salim, il est nécessaire d’agir à un niveau politique et il est devenu indispensable de bâtir des ponts entre science et action politique. Il faut développer des outils permettant d’établir cette relation et de lutter contre le problème de l’eau. Par la voix de monsieur Salim, le GIWEH préconise un « positive change » qui serait rendu possible à la fois par l’action des dirigeants des Etats – en particulier, les Etats les plus développés d’un point de vue économique – qui doivent mettre en place un « leadership » en matière de management des ressources en eau et par des programmes découlant de ce dernier et dans lesquels les citoyens auraient à s’impliquer. Pour le GIWEH, il convient de s’appuyer sur ce qui existe déjà pour mettre en place ce changement positif, notamment les bases des droits de l’homme et la volonté d’action des gouvernements des Etats du monde. Tout au long de son intervention monsieur Salim a insisté sur un point : il est urgent que les Etats agissent ensemble pour mettre en place une gouvernance coordonnée et concertée de l’eau. Sans « leadership » la situation va s’aggraver.

Au cours de la conférence, deux exemples d’actions menées par des Etats en faveur d’un meilleur management de l’eau ont été mis en lumière.

M. Charles Stadler, le directeur du secteur de l’eau pour le canton de Genève a tenu à exposer quelques éléments du projet « Urban water management » mené par le canton. Il a affirmé que pour protéger ses eaux, le canton a décidé de mettre en place une coopération accrue avec les départements français voisins, c’est-à-dire l’Ain et la Haute-Savoie. Cette collaboration, dont le lac Léman est « le lien », concerne aussi bien la gestion des eaux usées que celle de l’eau potable (collaboration plus récente). Ainsi, ont été signés avec les deux départements français cinq contrats de rivière (instruments juridiques de droit français) qui tournent autour de plusieurs axes dont l’assainissement des eaux et la mise en place d’actions d’évaluation. Les mesures issues de ces contrats de rivière représentent 26 millions d’Euros répartis sur 235 actions. Parmi elles une attention toute particulière a été portée au développement de l’eau potable. Ainsi, l’eau du lac a acquis une qualité tout à fait acceptable. Il faut ajouter qu’un comité franco-genevois a été mis en place, symbole d’une collaboration qui fonctionne, selon l’expérience de monsieur Stadler.

Le second exemple développé à l’occasion de la conférence a concerné la Corée du Sud. Le professeur Chris Williams du Centre pour l’éducation et la recherche internationale de l’université de Birmingham a démontré que cet Etat a depuis longtemps compris qu’il doit agir pour disposer d’une eau de qualité. En effet, son climat est difficile (moussons importantes en été, sécheresse au printemps), les catastrophes naturelles régulières (exemple de ces deux cyclones en 2007) et le niveau de pollution critique (industrialisation rapide, marée noire en 2007). De fait, la Corée du Sud a pris l’habitude de mettre en place des actions pour contrer l’« invisible water crisis ». Ainsi en 2009, l’Etat coréen a annoncé un insolite « Green new deal » porté grâce à 30 milliards de Dollars. Ce projet nommé Chung-Gye waterway a consisté en l’inclinaison de tout un pan de l’économie du pays vers la sauvegarde de l’écologie et notamment vers la sauvegarde de l’eau. De plus, ce plan devait permettre de faire face à la crise financière mondiale. Ainsi, de nouveaux éco-parcs vont être conçus dans les grandes villes, des fleuves et rivières sont en cours de nettoyage et des rives ont déjà été dépolluées. Mais surtout, des milliers d’emplois ont été crées dans le secteur de l’environnement et des programmes d’éducation en rapport avec l’eau ont été proposés à l’ensemble des citoyens coréens, et en particulier aux enfants. En définitive, ces « plans de restauration » visent à obtenir une meilleure maîtrise de l’eau tout en favorisant la qualité de vie. Monsieur Williams semblait très enthousiaste vis-à-vis de ce projet coréen.

Madame Ivonne Higuero, du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP), a réaffirmé l’urgence à agir au niveau du management de l’eau. Elle a souligné que si rien n’était fait, c’est l’agriculture et les écosystèmes qui en pâtiraient, mais aussi et peut-être surtout la santé de l’homme. Elle recommande un échange d’expériences et de compétences de la part des Etats, ainsi que l’usage de l’appareil législatif comme moyen d’obtenir des résultats concluants en termes de management des ressources halieutiques mondiales.

En fin de conférence, Chris Williams a souligné un point que tous ont approuvé : une meilleure gestion de l’eau n’est possible que dans la mesure ou ce problème « not sexy » sera rendu visible (à noter que six journalistes étaient présents à la conférence). Pour mener à bien cet ambitieux projet, les quatre intervenants se sont accordés pour dire qu’il est essentiel de développer l’éducation à l’environnement auprès de l’ensemble des citoyens du monde. Car l’espoir existe : selon Charles Stadler, l’Europe est le théâtre d’une « force motrice » dont la France serait l’un des moteurs (exemple donné du contrat de rivière, un outil à la fois « unique » et « efficace »). De plus, une directive cadre adoptée par l’Union européenne le 23 octobre 2000 est, selon le responsable du secteur de l’eau pour le canton de Genève, un « outil très performant » qui va dans la bonne direction. Il a reconnu qu’en ce domaine la Suisse devait suivre l’exemple européen.

Cependant, Monsieur Salim a admis qu’il restait encore beaucoup à faire pour que l’eau soit mieux gérée et plus équitablement distribuée. Affirmant qu’il s’agit d’un « problème de gouvernance », il a souligné que c’était aux Etats de prendre leurs responsabilités.

Au final, reste une question fondamentale: pourquoi le droit à l’eau n’est-il pas encore considéré comme un droit inaliénable ? Les intervenants ont encore une fois réaffirmé que c’était aux gouvernements d’agir et que des organismes comme l’UNEP ou le GIWEH avait pour mission d’attirer leur attention sur le sujet, avant qu’il ne soit trop tard.

Compte rendu de la du 25 mars 2009 tenue au Club Suisse de la presse, par Benoît Chaboud-Mollard

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