Compte rendu de la Conférence « Situation humanitaire des Tamouls au Sri Lanka »

Compte rendu de la Conférence « Situation humanitaire des Tamouls au Sri Lanka », le 28 mai 2009, au Club suisse de la presse. Par Benoit Chaboud-Mollard

La situation du Sri Lanka n’agite pas seulement les consciences citoyennes, l’ONU aussi vit des heures mouvementées. Le 26 mai, la Haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme, Navi Pillay, demandait une enquête « internationale, indépendante et crédible » sur les soupçons de violations des droits humains attribués aussi bien aux rebelles du LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelan) qu’au Gouvernement de Colombo. Le lendemain, le Conseil des droits de l’Homme réuni à Genève adoptait une résolution que nombre d’observateurs qualifiaient au mieux de clémente, au pire de conciliante avec Colombo. Si madame Pillay pointait le fait que les LTTE avaient mené une « campagne de violence qui a terrorisé la population de toutes les communautés ethniques du Sri Lanka et brutalement éliminé les Tamouls modérés », elle ajoutait que le Gouvernement sri-lankais avait probablement sa part de responsabilité dans le massacre, au moins par « l’utilisation d’artillerie contre des régions densément peuplées ». Le Conseil des droits de l’Homme lui répondait en « accueillant favorablement les efforts et engagements du Gouvernement dans le domaine des droits de l’Homme ». La Haut commissaire souhaitait qu’il soit déterminé si des violations du droit humanitaire avaient eu lieu sur la larme de l’océan indien, notamment contre des civils. La résolution du Conseil préférait insister sur le « respect de la souveraineté » du Sri Lanka et sur le « principe de non-ingérence » dans les affaires intérieures prévu par la Charte des Nations Unies. La situation est bloquée, pas d’enquête internationale et pas de couloir humanitaire prévus.

Cette résolution a été critiquée par des ONG (Amnesty international, Human rights watch), des acteurs de la société civile, mais aussi par des Etats. En effet, les 47 Etats membres du Conseil des droits de l’Homme ne sont pas parvenus à un consensus. La résolution finale a été soutenue entre autres par la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, Cuba et le Sri Lanka lui-même (bien qu’il ne fasse pas partie du Conseil). Les sept pays des l’Union Européenne qui siègent au Conseil, ainsi que la Suisse, le Canada, le Chili, le Mexique et la Bosnie, se sont opposés au texte. Les débats, très polarisés, ont surtout mis en exergue une tendance : la communauté internationale est très divisée sur la question sri-lankaise. Tellement divisée que pour certains elle est en partie responsable de la situation. C’est l’avis du Forum des Tamouls en Suisse. Namasivayam Thambipillai, secrétaire du Forum, a affirmé le 31 mai au cours de la conférence de presse qu’il était urgent que « les pays occidentaux comprennent » ce qui s’est passé et se passe au Sri Lanka. Il a rappelé le nombre de morts, de blessés, et les manques en nourriture, boisson et médicaments que subissent les civils parqués dans des « camps de concentration ». Il a prôné une reprise du dialogue avec les Tamouls à l’initiative du Gouvernement sri lankais. L’éditeur du journal Nilavaram, monsieur Shan Thavajah, a exhorté la communauté internationale, « trop lente », à agir au plus vite. Au cours de cette conférence, monsieur Karl Grüberg, spécialiste de la question tamoule au sein de SOS racisme, a dit sa grande préoccupation. Il a rappelé que le conflit dure depuis 25 ans, que les populations tamoules ne fuient pas les LTTE mais la guerre en elle-même. Il a déploré la désinformation des médias, mais surtout que rien n’ait été entrepris par la communauté internationale alors que l’ONU a parlé d’ « un bain de sang », que le CICR s’insurge d’ « une catastrophe inimaginable » et que même Ban ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, a affirmé que ce qu’il avait vu, lors de sa visite le 23 mai 2009 des camps de réfugiés, « lui faisait honte » . Amnesty International a par ailleurs déploré que la résolution ne mette aucunement en cause le Gouvernement de Colombo. L’ONG a pourtant cités des « sources fiables » pour affirmer que l’armée régulière avait participé à des exactions, notamment contre des civils. Or, ce genre de comportement est fermement condamné par le droit humanitaire international et en particulier les Conventions de Genève. Ainsi, la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre signée le 12 août 1949 interdit formellement que les populations civiles soient prises en otage et servent de « boucliers humains ». De plus, une « armée qui occupe un territoire où vivent des civils doit assurer leur protection ». Il semble donc que ces principes aient été bafoués, c’est du moins ce que prétendent certains puisque le Gouvernement refuse d’ouvrir les portes du Sri Lanka à l’aide humanitaire. A cela il faut ajouter que le 15 mai 2009 le Conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU sur la prévention du génocide, Francis Deng, mettait en garde les auteurs de violations des droits de l’homme au Sri Lanka sur leur responsabilité pénale internationale. Il affirmait : « Les deux parties doivent se souvenir que des individus peuvent être tenus pour personnellement responsables de crimes de guerre et d’autres crimes internationaux commis lors de conflits qui peuvent relever d’une juridiction internationale ». Le terme « génocide », utilisé dans cette conférence est l’un des pires crimes de guerre, doit-il être mentionné en ce qui concerne le cas du Sri Lanka ? Le génocide a été juridiquement redéfini dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l’assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1948. Ce document définit un génocide comme un ensemble d’actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel ». Or, les manifestations de Tamouls ayant eu lieu ces derniers mois partout dans le monde – l’une d’elles a rassemblé pas moins de 15000 personnes à Genève, une autre au moins 10000 à Paris – avaient pour maux d’ordre : « la fin du génocide du peuples tamoul ».

La communauté internationale est donc sommée d’agir, davantage que jusqu’à présent. Surtout, si une enquête internationale est enfin diligentée au Sri Lanka et que celle-ci confirme que les LTTE ne sont pas les seuls responsables du massacre. Et Karl Grüberg de conclure en dénonçant l’oubli du « plus jamais ça » et en rappelant qu’il est de la responsabilité de tous de militer pour « une démocratie ouverte qui veut un futur ».

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